Prix culturel vaudois 2009 de littérature

Prix culturel vaudois 2009 de littérature Photographie Yann Amstutz

Asa Lanova

Ecrivaine

 Le prix culturel vaudois, d’un montant de 15'000 francs, est un coup de projecteur sur une force artistique du canton.

 

Informations supplémentaires

Laudatio

Petite fille, elle se rêvait comédienne, puis ballerine. Elle est écrivain. Mais la vie, sa vie, en tout cas, est un songe. Et certains de ses épisodes, telle sa passion pour un chorégraphe dont lle fut l’Ophélie, alimentent son écriture.

Avant de se voir imposer son nom de « Gazelle tartare », par un maître de ballet russe vampirisant, Asa Lanova avait adopté la devise de Sarah Bernhardt : « Quand même ». Elle l’a conservée et appliquée, en dépit des vicissitudes d’une riche existence. C’est donc « Le cœur tatoué » qu’elle est revenue d’une « Dernière migration » à Alexandrie. Le blues en moins et quelques chats en plus … Quand même !

Biographie

Je suis née à Lausanne, en un soir de mars où se déclencha, m’a-t-on raconté par la suite un orage d’une violence peu commune. Etait-ce l’augure d’un destin tumultueux ? La suite en fut hélas la confirmation ! Mais la petite fille malingre au visage inquiet que je fus jusqu’à mes onze ans, allait pourtant se métamorphoser en une adolescente pour qui seule sous la férule de Mara Dousse, mon premier professeur de danse, compta bientôt Terpsychore. Une passion dévorante s’empara de moi qui, au scepticisme de mes parents et au grand dam de ma scolarité, me fit passer le plus clair de mon temps dans ce Théâtre Municipal qui fut pour moi une véritable cathédrale. C’est là que je pris vraiment conscience de ce qui allait devenir pour moi un apostolat. Emportée par cette passion, et malgré un bagage chorégraphique assez restreint, je partis pour Paris où, dans la célèbre Salle Wacker, je suivis l’enseignement de la célèbre Olga Préobrajenska, au style si particulier. Dès le début de mon séjour, comme par miracle je rencontrai des personnalités d’exception, dont, entre autres, Serge Golovine, Alexandre Kalioujny, de l’Opéra de Paris, Madame Nijinska, soeur du grand Nijinsky, qui par la suite voulut m’engager dans les Ballets du Marquis de Cuévas, ce qui ne se concrétisa pas, aux prises que j’étais à une autodestruction qui allait me faire refuser les contrats les plus flatteurs. J’acceptai néanmoins un premier engagement dans la compagnie que créa Yvette Chauviré au Théâtre Marigny, où j’eus un rôle de soliste. On disait de moi que j’avais l’étoffe d’une future grande ballerine, mais je ne fus en réalité qu’une étoile filante. Des cinéastes s’intéressèrent à moi. J’obtins de petits rôles dans trois films, mais là encore je ne donnai pas suite, à ce qui eût pu être une autre forme de carrière. Une grande rencontre se profilait cependant, qui pour toujours me lia à Maurice Béjart. Quand, lors d’une audition à la Salle Pleyel, je vis cet homme d’une beauté et d’un charisme incomparables, je m’en épris de l’amour-fou qui aujourd’hui encore me poursuit. Sélectionnée pour interpréter le rôle d’Orphélie, alors que lui-même allait être Hamlet, naquirent entre nous des sentiments d’une telle intensité que, par une peur incontrôlable, cela me fit fuir et l’amour et par conséquent la danse. Sans m’en rendre compte dans l’immédiat, j’avais partiellement perdu cette Grâce dont on disait qu’elle était unique. Je regagnais la Suisse, brisée, reniant ce qui avait le plus compté pour moi, n’aspirant plus qu’à la solitude dans une vieille ferme où lentement, mais inexorablement, j’allais être victime d’une dépression nerveuse qui ne m’a plus jamais vraiment quittée. Mais, malgré tout, j’avais entre-temps repris des cours avec Boris Kniaseff, un professeur aussi tyrannique que génial, et qui s’évertua de faire de moi une nouvelle Olga Spessivtzeva, la sublime ballerine qui fut sa femme et mourut dans un asile
psychiatrique. « Comme Olga », me répétait-il en permanence, m’obligeant, pour mieux lui ressembler, à teindre mes cheveux blonds en noir corbeau qui accentuait ma pâleur congénitale. Mais, lassée de son despotisme, bientôt je le quittai, retournant à Paris où, engagée par Raymondo de Larrain pour sa production de Cendrillon, j’obtins un rôle de soliste. Je n’en avais pas moins continué à refuser d’autres contrats mirobolants, ce qui avait fait dire autour de moi que j’étais folle. Et, sans doute, cette fuite permanente, cette peur de vivre maladive me guettaient-t-elles depuis ma prime enfance. Mais il y avait eu encore et surtout, malgré l’insistance de Serge Golovine et de Madame Nijinska, l’audition que je passai avec succès pour entrer dans la troupe du Marquis de Cuévas, ce qui, tout en étant mon rêve, par peur de n’être pas à la hauteur, me poussa à m’éclipser du théâtre pour me terrer dans un hôtel où je fis une tentative de suicide. Cette fois-ci, la Grâce était vraiment perdue, et je n’allais jamais m’en remettre. Je regagnai de nouveau la Suisse où, en dépit des échecs dont invariablement j’avais été responsable, je fus engagée au Grand Théâtre de Genève et, sous la direction de Serge Golovine, faillis fugitivement retrouver un semblant de cette Grâce décidément plus vivace que je ne l’avais cru. Pourtant, une nouvelle fois j’abandonnai le théâtre pour m’isoler encore dans cette ferme où j’ai laissé une partie de mon âme. Alors, après de tant de refus, tant de cassures, devait naître ce qui momentanément m’arracha à l’autodestruction : l’apprentissage du tissage, lequel m’amena très vite à exposer avec succès mes toutes premières tapisseries. Ce n’était pourtant là que la passerelle qui me permit d’accéder enfin à l’écriture. Les mots vinrent rudement à moi et, fascinée par le cinéma, je commençai par écrire trois dramatiques qui furent réalisées par la télévision romande, puis, sur le conseil de Michel Souter, que j’avais eu la chance de rencontrer, j’écrivis un premier roman qui très vite devait être publié à Paris, aux Editions Régine Deforges. Cette nouvelle Voie, qui en fait m’attendait depuis toujours sans que j’en sois consciente, allait cette fois-ci réellement me sauver. L’écriture, mon radeau, ma survie. D’autres romans suivirent, de nouveau édités à Paris, puis en Suisse, inspirés pour la plupart par la découverte d’une ville où je vécus quelque temps et qui se grava dans mes gènes : Alexandrie. Alexandrie ma soeur voilée où, toujours en chemin que j’étais et continue d’être, j’allais me convertir à un islam alors dépourvu de tout intégrisme. Aujourd’hui, lorsque non sans angoisse je me retourne sur ma vie, j’ai pleinement conscience de la chance qui, en dépit de tout, triompha de cette autodestruction, me faisant rencontrer, dès mon deuxième livre, celui qui, après Béjart, fut le second Maître de ma vie : ce Georges Belmont, grand poète, éditeur et traducteur favori de Miller et de tant d’autres auteurs, et qui sans jamais rien m’imposer, guida mes premiers pas dans l’écriture.
Alors, à présent que j’ai perdu ces deux axes de ma vie, Béjart et Belmont, qui s’en sont allés à une année de distance, non sans une douleur immense je m’efforce de rester digne d’eux et, sans plus faiblir, durement, courageusement, aidée en cela par ma communion avec la nature et les bêtes, je me cramponne à ma vie de toutes mes forces de ressuscitée.

Oeuvre

Bibliogrpahie

1977 La dernière migration Paris Editions Régine Deforges
1984 Crève-l’Amour Paris

Editions Acropole
réédition en collection camPoche en 2006

1988 Le coeur tatoué Paris Editions Mazarine
1991 L’étalon de ténèbre Paris Editions Régine Deforges
réédition aux Editions de l’Aire, en 1999
1995 Le testament d’une mante religieuse Vevey Editions de l’Aire
1998 Le blues d’Alexandrie
Prix de Courten et Prix Bibliothèque pour tous, en 1999
Orbe Editions Bernard Campiche
  Les jardins de Shalalatt Orbe Editions Bernard Campiche
  La Gazelle tartare
Prix Schiller en 2005
Orbe Editions Bernard Campiche
2007 La Nuit du Destin Orbe Editions Bernard Campiche

Site web

http://www.plansfixes.ch/films/1242

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