Prix culturel vaudois 2007 de littérature

Janine Massard

Ecrivaine

Le prix culturel vaudois, d’un montant de 15'000 francs, est un coup de projecteur sur une force artistique du canton.

 

Informations supplémentaires

Laudatio

Son œuvre dense puise ses racines dans une enfance marquée par la guerre, la pauvreté et l’exclusion. Elle dit d’elle-même qu’elle est une marginale, portée par « l’ironie et la critique sociale ».

C’est une femme sensible et généreuse, qui construit depuis plus de 30 ans une oeuvre nourrie par de saines révoltes, de beaux élans de nostalgie et de tendresse, et par des souffrances qu’elle avait crues indicibles.

Mais l’humour n’est jamais absent. Tout au long de son œuvre, Janine Massard pratique avec élégance cette « politesse des désespérés ».

Biographie

Je suis née à Rolle en 1939 et m’imprègne dès ma plus tendre enfance de toutes les nuances de la lumière lémanique puisque, jusque vers mes huit ans, je vis dans une maison avec le lac à mes pieds.

Issue d’un milieu ouvrier qui vénère le savoir tout en se méfiant de celui acquis par les filles, grandie dans une ville conservatrice pleine de soupçons envers le prolétariat par peur des rouges, je réussis le concours d’entrée au Collège : les salles de classe se trouvent dans le Château de Rolle, avec une cloche qu’il faut actionner soi-même. Les poêles permettent aux potaches d’y glisser des marrons en automne, ça fait rire quand ils éclatent. Les toilettes donnent sur le lac mais elles ont été modifiées, précédemment elles se trouvaient dans la tour qui a les pieds dans l’eau : des petits malins avaient trouvé le moyen d’aller à la pêche depuis la fenêtre tout en fréquentant l’école !

C’est dans ce lieu béni que je découvre la mythologie grecque qui nous est alors narrée avec passion par notre professeur de français et d’histoire.

Ensuite, j’entre à l’Ecole d’assistantes sociales et d’éducatrices de Lausanne (réservée aux filles, les garçons allaient chez Claude Pahud) dirigée par Alice Curchod, qui avait publié avec succès trois romans à la Guilde du Livre (ces livres ont été réédités en 2003 par Plaisir de Lire).

Un jour, à la lecture d’une de mes compositions que je trouvais d’une banalité à pleurer, Madame Curchod me dit : « Janine, vous avez un talent d’écrivain !» Sur le moment, je n’y ai pas accordé beaucoup d’attention. Je ne pratique pas longtemps le métier d’éducatrice, je fais d’autres choses comme voyager, apprendre des langues et quand le Gymnase du Soir ouvre ses portes en 1965 à Lausanne je m’y précipite. J’y prépare une maturité classique puis entre en Faculté de lettres que j’abandonne après trois semestres pour m’occuper de ma fille Véronique qui vient de naître.

Mon premier texte : « …de seconde classe »a été remarqué par un jury d'écrivains prestigieux (y siégeaient alors Jacques Chessex, Maurice Chappaz, Corinna Bille, Nicolas Bouvier, Alexandre Voisard), lors d'un concours réservé à des auteurs n'ayant jamais publié: il

s'agissait du Prix Nicole. Si le texte n'est pas primé, les éloges reçus me convainquent que la voie choisie est la bonne.

Les nouvelles de : « Christine au dévaloir » connaissent un joli succès de presse puis paraît : « L'avenir n'est pas pour demain », un conte philosophique qui ne laisse pas indifférent mais il me faudra attendre la publication de : « La petite monnaie des jours » - œuvre marquée par l’élan féministe qui pousse les femmes à s’exprimer - pour trouver mon écriture, rencontrer un large public et recevoir mes premières récompenses, dont le Prix Schiller. Les contacts que j'ai alors avec de nombreuses lectrices et lecteurs aussi me persuadent qu'il manque, à l'édition romande, un livre racontant sans fioritures les conditions de vie de personnes nées au début du 20ème siècle, dans un pays profondément agricole, et qui, parvenues à l'autre bout de ce siècle, ont assisté à des transformations profondes: les champs de betteraves ou de pommes de terre, autrefois cultivés avec tant de peine, se sont couverts d'habitations, petits locatifs, maisons mitoyennes, villas. La paysannerie, qui était un gros pourvoyeur d'emplois jusqu'à la deuxième guerre mondiale, s'amenuise : les travailleurs agricoles se sont reconvertis dans l’industrie. Cela donne : « Terre noire d'usine », un documentaire pour lequel je me suis livrée à un certain nombre de recherches et d’interviews de personnes du Nord vaudois.

Puis l'expression évolue résolument vers l'imaginaire avec « Trois Mariages », trois brefs romans de 60 pages chacun. Ce livre est traduit en allemand dans le cadre de la Collection CH et reçoit le Prix des Ecrivains Vaudois.

A partir de 1992, ma vie est marquée par des épreuves dont on se remet avec peine : cancer de Véronique décelé (trop tardivement) en 1992, décès du conjoint en 1994, puis celui de ma fille en 1997. Entre deux morts, marquée par la dépossession, j'écris : « Ce qui reste de Katharina », roman dans lequel une femme fait le point sur sa vie après le décès de son fils. Mon héroïne, une Allemande née en 1918, manipulée par sa mère jusqu’à ce qu’elle épouse un Suisse et sa nationalité, m'a permis de faire une nouvelle traversée du siècle mais côté bourgeoisie. Ce livre reçoit en 1998 le Prix de la Bibliothèque pour Tous.

En automne 2001 paraît : « Comme si je n'avais pas traversé l'été », un roman inspiré par le séjour contraint près de la mort: c'est un livre de résistance et finalement un hymne à la vie. Couronné par le Prix Edouard-Rod, dont le Président est Jacques Chessex, il est rapidement réédité en collection de poche. 

Publié en automne 2005, « Le jardin face à la France » est un roman dont le cadre se trouve être le jardin de mon enfance avec, en face, la Savoie occupée par les Allemands. En l'absence du père mobilisé, c'est le grand-père, d'origine huguenote, qui va tenter d'expliquer à ma petite héroïne la complexité du monde en guerre et ses retombées sur la vie quotidienne d'un pays resté neutre au milieu des belligérants. Ce livre est aussi celui de la réconciliation avec la vie où l'écriture s'évase et donne de la voix à l'humour. Très favorablement accueilli (cf la presse sur le site de Bernard Campiche), ce livre a figuré dans la sélection du Prix des Auditeurs de la Radio Suisse Romande et obtenu une mention spéciale au Prix des Alpes et du Jura au printemps 2007, à Paris.

Oeuvre

Bibliographie

de seconde classe (récit)

Eygalières : Le Temps Parallèle, 1978 

Christine au dévaloir (nouvelles)

Genève  : Eliane Vernay, 1980

L'avenir n'est pas pour demain (conte philosophique)

Lausanne : Editions Clin d'œil, 1981

La Petite monnaie des jours (récit autobiographique)

Lausanne : Editions d’En Bas, 1985

Edition de poche : Lausanne : L’Âge d’Homme, 1995

Collection Poche Suisse No 140  

Moscou : Editions Phenix 1997

Traduction russe de Irina Volevitch

Prix Schiller 1986

Terre noire d'usine - paysan-ouvrier au xxe siècle

(essai d'ethnologie régionale)

Yverdon : Editions de la Thièle, 1990

Trois Mariages, (récits)

Vevey : Editions de l'Aire, 1992

Traduction allemande : Drei Hochzeiten,

Berne : eFeF Verlag, 1998

Traduction de Yla von Dach

Prix des Ecrivains Vaudois1993

Ce qui reste de Katharina (roman)

Vevey : Editions de l'Aire, 1997

Edition de poche :

Vevey Editions de l’Aire 2002

Collection : L’Aire bleue No 43

Prix de la Bibliothèque pour Tous 1998

Comme si je n'avais pas traversé l'été (roman)

Vevey : Editions de l'Aire 2001

Edition de poche : Vevey : Editions de l’Aire 2004

Collection L’Aire bleue no 54

Prix Edouard-Rod 2002

Vidy et ailleurs

Photographies de Luc Chessex

Lausanne : Editions Payot 2003

Le jardin face à la France, (roman)

Orbe : Bernard Campiche, Editeur  2005

Contributions :

Le voyage en Chine, nouvelle, in Ecriture No 31

Traduction tchèque in : Anthologie d'auteurs suisses contemporains

Prague : Editions Odeon, 1986

La courgette et les petits fruits, nouvelle

In : Célébration des nourritures

Ouverture, Terre romande, 1989

La venue des Lapons, nouvelle

In : Entre les livres

Lausanne : Groupement des bibliothécaires vaudois, 1994

Traduction en italien, dessins de Sergio Fedriani

In : UTZ, Rivista degli Amici dell’Academia dell’Ex libris No 4, dic. 2002

Anniversaires et utopies mortes

In : Ecriture No 50

Voix d’écriture

In : Ecriture No 64

L’Affaire Déception

In : Ecriture No 64

Grand-père et la lecture

In : Les Lauriers fleurissent

Lausanne : Bibliomédia / L’Âge d’Homme, 2004

Ménagères en tablier et littérature

In : 1976-2006 Luttes au pied de la lettre

Lausanne : Editions d’En Bas, 2006

Le Presque-parfait, nouvelle

In : Prix Littéraire de Gruyères 2007 (contes, nouvelles et lettres)

Grolley : Editions de l’Hèbe, 2007

Vivre et voir mourir, témoignage

In : Panser le deuil, livre collectif

Grolley : Editions de l’Hèbe, 2007

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