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Créée en 1987, la Fondation vaudoise pour la culture a pour but d'honorer et récompenser les personnalités du monde culturel du canton de Vaud et leur donner les moyens matériels de poursuivre leur œuvre.

Janine Massard, écrivaine

Janine Massard, écrivaine Photographie Pierre Fantys

Laudatio

Son œuvre dense puise ses racines dans une enfance marquée par la guerre, la pauvreté et l’exclusion. Elle dit d’elle-même qu’elle est une marginale, portée par « l’ironie et la critique sociale ».

C’est une femme sensible et généreuse, qui construit depuis plus de 30 ans une oeuvre nourrie par de saines révoltes, de beaux élans de nostalgie et de tendresse, et par des souffrances qu’elle avait crues indicibles.

Mais l’humour n’est jamais absent. Tout au long de son œuvre, Janine Massard pratique avec élégance cette « politesse des désespérés ».

Prix culturel vaudois Littérature 2007

Le prix culturel Littérature 2007, d’un montant de 15’000 francs, met en avant une écrivaine du canton.

Biographie

Je suis née à Rolle en 1939 et m’imprègne dès ma plus tendre enfance de toutes les nuances de la lumière lémanique puisque, jusque vers mes huit ans, je vis dans une maison avec le lac à mes pieds.

Issue d’un milieu ouvrier qui vénère le savoir tout en se méfiant de celui acquis par les filles, grandie dans une ville conservatrice pleine de soupçons envers le prolétariat par peur des rouges, je réussis le concours d’entrée au Collège : les salles de classe se trouvent dans le Château de Rolle, avec une cloche qu’il faut actionner soi-même. Les poêles permettent aux potaches d’y glisser des marrons en automne, ça fait rire quand ils éclatent. Les toilettes donnent sur le lac mais elles ont été modifiées, précédemment elles se trouvaient dans la tour qui a les pieds dans l’eau : des petits malins avaient trouvé le moyen d’aller à la pêche depuis la fenêtre tout en fréquentant l’école !

C’est dans ce lieu béni que je découvre la mythologie grecque qui nous est alors narrée avec passion par notre professeur de français et d’histoire.

Ensuite, j’entre à l’Ecole d’assistantes sociales et d’éducatrices de Lausanne (réservée aux filles, les garçons allaient chez Claude Pahud) dirigée par Alice Curchod, qui avait publié avec succès trois romans à la Guilde du Livre (ces livres ont été réédités en 2003 par Plaisir de Lire).

Un jour, à la lecture d’une de mes compositions que je trouvais d’une banalité à pleurer, Madame Curchod me dit : « Janine, vous avez un talent d’écrivain !» Sur le moment, je n’y ai pas accordé beaucoup d’attention. Je ne pratique pas longtemps le métier d’éducatrice, je fais d’autres choses comme voyager, apprendre des langues et quand le Gymnase du Soir ouvre ses portes en 1965 à Lausanne je m’y précipite. J’y prépare une maturité classique puis entre en Faculté de lettres que j’abandonne après trois semestres pour m’occuper de ma fille Véronique qui vient de naître.

Mon premier texte : « …de seconde classe »a été remarqué par un jury d'écrivains prestigieux (y siégeaient alors Jacques Chessex, Maurice Chappaz, Corinna Bille, Nicolas Bouvier, Alexandre Voisard), lors d'un concours réservé à des auteurs n'ayant jamais publié: il

s'agissait du Prix Nicole. Si le texte n'est pas primé, les éloges reçus me convainquent que la voie choisie est la bonne.

Les nouvelles de : « Christine au dévaloir » connaissent un joli succès de presse puis paraît : « L'avenir n'est pas pour demain », un conte philosophique qui ne laisse pas indifférent mais il me faudra attendre la publication de : « La petite monnaie des jours » - œuvre marquée par l’élan féministe qui pousse les femmes à s’exprimer - pour trouver mon écriture, rencontrer un large public et recevoir mes premières récompenses, dont le Prix Schiller. Les contacts que j'ai alors avec de nombreuses lectrices et lecteurs aussi me persuadent qu'il manque, à l'édition romande, un livre racontant sans fioritures les conditions de vie de personnes nées au début du 20ème siècle, dans un pays profondément agricole, et qui, parvenues à l'autre bout de ce siècle, ont assisté à des transformations profondes: les champs de betteraves ou de pommes de terre, autrefois cultivés avec tant de peine, se sont couverts d'habitations, petits locatifs, maisons mitoyennes, villas. La paysannerie, qui était un gros pourvoyeur d'emplois jusqu'à la deuxième guerre mondiale, s'amenuise : les travailleurs agricoles se sont reconvertis dans l’industrie. Cela donne : « Terre noire d'usine », un documentaire pour lequel je me suis livrée à un certain nombre de recherches et d’interviews de personnes du Nord vaudois.

Puis l'expression évolue résolument vers l'imaginaire avec « Trois Mariages », trois brefs romans de 60 pages chacun. Ce livre est traduit en allemand dans le cadre de la Collection CH et reçoit le Prix des Ecrivains Vaudois.

A partir de 1992, ma vie est marquée par des épreuves dont on se remet avec peine : cancer de Véronique décelé (trop tardivement) en 1992, décès du conjoint en 1994, puis celui de ma fille en 1997. Entre deux morts, marquée par la dépossession, j'écris : « Ce qui reste de Katharina », roman dans lequel une femme fait le point sur sa vie après le décès de son fils. Mon héroïne, une Allemande née en 1918, manipulée par sa mère jusqu’à ce qu’elle épouse un Suisse et sa nationalité, m'a permis de faire une nouvelle traversée du siècle mais côté bourgeoisie. Ce livre reçoit en 1998 le Prix de la Bibliothèque pour Tous.

En automne 2001 paraît : « Comme si je n'avais pas traversé l'été », un roman inspiré par le séjour contraint près de la mort: c'est un livre de résistance et finalement un hymne à la vie. Couronné par le Prix Edouard-Rod, dont le Président est Jacques Chessex, il est rapidement réédité en collection de poche. 

Publié en automne 2005, « Le jardin face à la France » est un roman dont le cadre se trouve être le jardin de mon enfance avec, en face, la Savoie occupée par les Allemands. En l'absence du père mobilisé, c'est le grand-père, d'origine huguenote, qui va tenter d'expliquer à ma petite héroïne la complexité du monde en guerre et ses retombées sur la vie quotidienne d'un pays resté neutre au milieu des belligérants. Ce livre est aussi celui de la réconciliation avec la vie où l'écriture s'évase et donne de la voix à l'humour. Très favorablement accueilli (cf la presse sur le site de Bernard Campiche), ce livre a figuré dans la sélection du Prix des Auditeurs de la Radio Suisse Romande et obtenu une mention spéciale au Prix des Alpes et du Jura au printemps 2007, à Paris.

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